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Ma première expérience de chasse du lapin au furet

Date : 27/02/2009

Voici le récit de ma première chasse aux lapins, qui se déroula un beau matin d'hiver en nos Flandres, en compagnie de gardes-chasse particuliers et de leurs furets. Ce samedi matin, le rendez-vous est fixé à neuf heures précises, afin de procéder à une opération de régulation de la population de lapins se trouvant sur notre territoire de chasse. Il est vrai qu'il y fait bon vivre, le sol est sablonneux, la nourriture abondante, les prédateurs inexistants, et de plus de nombreux kilomètres de gainage en béton offrent un logis de haut standing. Le seul problème de Jeannot est de fait son comportement " chaud " qui provoque dès lors une surpopulation entraînant une autorégulation par l'apparition de maladies.

Nous voilà donc là, mais que du beau monde pour honorer Jeannot : huit fusils, quatre gardes-chasse avec chacun trois furets, deux jeeps et une camionnette pour le transport de l'équipage. Au sein du territoire de chasse, une bande d'une longueur de 3000 m et de 200m de large divisée en quatre zones sera la zone de travail.
Quatre équipes, constituées de deux fusils, un garde et trois furets se partageront cette superficie pour une durée de trois heures. J'ai oublié de préciser qu'outre les furets, nos gardes sont chacun munis d'une bêche dont le fer est d'un éclat éblouissant, dû visiblement au fait d'un usage intensif.  Et nous voilà partis...

Quelques minutes plus tard, je me trouve face à une garenne.

Mais où et comment dois-je donc me positionner ? Du côté gauche se trouve le deuxième fusil, au milieu le garde, qui introduit le furet dans la bouche d'une galerie et moi qui me demande par où cela va sortir ?  Eh bien, ça sort de n'importe où ! Voilà Jeannot qui déboule, à grande vitesse sans attendre son reste, du côté de mon voisin qui le rate.  Ouf, la pression est déjà moins grande, mon collègue n'est pas encore échauffé. Et voilà un deuxième Jeannot qui sort, il est pour moi, je ne le rate pas, il est à terre.
Mon premier lapin aux furets, pas le temps de rêvasser ça sort bien.

Premier problème, je recharge trop lentement et, à de nombreuses reprises, Jeannot prend ses jambes à son cou au moment précis où mon fusil est cassé.  Je mets donc au point une technique de rechargement plus rapide, munitions dans ma poche droite, étuis vides dans ma poche gauche, et ne pas traîner. Je comprends l'époque lointaine où un garde (parfois deux) était préposé au rechargement ! Autre constatation, mon collègue double systématiquement son premier coup !  Moi, très fier, je vise, je tire et le garde ramasse.

Une fois que la machine est en route, on n'a pas le temps de chômer, un vrai travail d'équipe, même si je n'apprécie guère que ce soit le garde qui fasse le gros du travail en réintroduisant chaque fois le furet dans une autre galerie et en ramassant les lapins. Vraiment un boulot ingrat.

Plus le temps passe, plus je sens des regards noirs me tomber dessus, je me rends bien vite compte que cela provient du fait que mon tir est quasi infaillible et que je ne double pas mon premier coup. En tant que chasseur néophyte, je me dis qu'ainsi le gibier ne sera pas trop plombé et sera donc comestible et sans danger pour les dents des futurs gourmands.

Eh voilà ! Arrive ce qui devait arriver, je rate et blesse ... Voilà notre Jeannot blessé qui trouve encore la force de rentrer dans la galerie (dans le " pipe " comme ils disent). Et comme une catastrophe n'arrive jamais seule, le furet est dans la même galerie. Oups, je comprends instantanément, pourquoi on double et la présence de la bêche. Le furet va s'occuper de Jeannot !

En fait, on m'expliquera, plus tard, qu'il n'est pas en train de festoyer mais essaye de faire sortir le lapin, et ce sans résultat … Il est également possible qu'il s'endorme près du lapin du fait de la chaleur de ce dernier. En un mot, la galère ! Voilà que notre bon garde sort de sa poche un petit localisateur électronique qui permet de localiser le furet, muni d'un petit collier, et ce en position et en profondeur. Autre règle de la loi de Murphy, lorsqu'un furet ne veut plus sortir, c'est toujours le meilleur furet du garde : la prunelle de ses yeux. A ce moment, deux solutions : la pelle ou la patience.  Dans mon cas, j'étais accompagné d'un garde de grande expérience qui a préféré nous laisser continuer à chasser avec un de ses autres furets en attendant que son préféré ressorte, ce qu'il fît, mais trois quarts d'heure plus tard !

Autre raison des regards noirs, je faisais des tirs quasi instinctifs, alors que mes voisins ne tiraient que lorsque Jeannot prenait ses jambes à son cou, et ce loin des galeries. Moi, il sortait et je tirais, même si d'autres entrées de galerie se trouvaient à moins de deux mètres.

Et là, l'explication me fut donnée plus tard ; en fait elle est de deux ordres.

  • Le premier : ce type de tir risque de blesser le lapin, qui trouvera la force de se jeter ou de se trainer jusqu'à une galerie et re-belotte avec le problème du furet qui restera coincé dans celle-ci. Petite remarque en passant, non seulement le garde se " tape " tout le travail, mais j'ai remarqué qu'il est en plus un vrai sprinter. En effet, dans un cas pareil, il pique un sprint et jette sa main, son bras et quasi le reste de son corps dans le conduit pour essayer malgré tout de récupérer le lapin blessé.
  • Le deuxième : certains chasseurs ont un tir encore plus instinctif que celui de votre serviteur, et il arrive que le coup soit donné au moment où le lapin sort de la galerie, mais avec un petit plus ! Ce petit plus est un peu " la surprise du chef " … c'est-à-dire le furet accroché à un flanc de Jeannot. Et pan ! La Catastrophe. Non, pas la petite catastrophe ; non, la Grosse. Le chasseur a tiré le furet ! Eh bien, ça arrive ! Et quand le garde se rend compte, fort vite, que vous avez tiré la " prunelle de ses yeux ", je ne vous dis pas le malaise et l'ambiance un peu refroidie, pour ne pas dire plombée !  Mais, heureusement, on m'a toujours bien expliqué qu'il fallait identifier avant de tirer ...

Pour faire court, la chasse se termina vers midi. Je trouvais cela beaucoup trop tôt, surtout qu'au grand gibier, nous sommes toujours partis pour une journée entière.
Mais il y a, là encore, une raison toute évidente, après trois heures; les furets commencent à êtres fatigués, les résultats sont moindres, avec de plus le risque bien réel qu'ils s'endorment dans une galerie.

De plus, trois heures de ce type de chasse est épuisant autant pour le garde, qui n'arrête pas une seconde, que pour le chasseur, qui doit rester extrêmement attentif et vigilant afin de tirer dans des conditions de sécurité maximales ; toujours voir où se trouvent : son voisin, le garde, l'entrée et la sortie du furet, et enfin le tir ou non de Jeannot, soit une concentration maximale.

En conclusion : une matinée inoubliable avec un tableau d'une centaine de pièces ; petit tableau d'après les collègues, les Jeannot ne sortaient pas bien ...

Mais surtout, un très grand respect pour le gibier et pour les gardes qui ont travaillé d'une façon extraordinaire avec leurs furets.  La moindre des choses était d'écrire ce petit article afin de rendre hommage aux gardes pour le travail effectué, trop souvent sous-estimé.

Merci à eux et à leurs " Fretten " (furets en flamand), pour m'avoir permis de vivre cette première expérience que j'espère bien pouvoir renouveler bientôt, tant elle a été passionnante, à l'image de ma première saison de chasse.

François DETEMMERMAN


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