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La perdrix et le lièvre en Hauts-Pays montois

Date : 30/03/2015

Exemple de gestion des espèces sauvages sur le long terme par une société de chasse de grande plaine et sur les résultats obtenus.

Ce samedi 21 mars, de nombreux chasseurs et amoureux de la nature se sont déplacés en Haut-Pays montois pour participer à une grande journée de comptage printanier du gibier de plaine sur les territoires de 3 sociétés de chasse couvrant 1200 Ha.
A la surprise des organisateurs du GIC, une cinquantaine de personne étaient présentes dont certaines en provenance de différentes provinces de la RW pour participer à ce 10ème recensement printanier, observer sur place les résultats obtenus sur le long terme et surtout les analyser et en tirer les leçons. Sous un ciel gris et froid, ils ont arpenté la plaine et ses labours et qu’elle ne fût pas leur surprise de voir une faune aussi riche, dense, variée et en pleine croissance.
Comment est ce possible et ce, sans jamais avoir utilisé les lâchers ? Pour expliquer cela, il convient de remonter le temps pour comprendre notre démarche de conservation des espèces de plaine, les résultats obtenus sur le long terme et de reprendre brièvement l’historique du travail des chasseurs de la société que je dirige depuis 45 ans.

Historique

Avant 1976, la nature produisait en quantité toutes les espèces grâce à un biotope riche et varié. On pratiquait la chasse cueillette sans gérer et sans excès. De 1976 à 1982, l’agriculture moderne a commencé, pour des questions de rentabilité, à déstructurer progressivement nos plaines en augmentant la taille du parcellaire, en faisant disparaître haies, fossés, ilots boisés, prairies et en faisant usage de produits de traitement de surface et d’engrais dont les effets néfastes pour la faune n’étaient pas encore connus.
Il s’en est suivi une chute verticale impressionnante des populations faunistiques et les chasseurs ont dû eux aussi restreindre drastiquement leurs prélèvements pour assurer la pérennité des espèces. En plus, les premiers renards sont apparus dans notre région et leurs méfaits ont encore accentués le déclin. Sur 500 Ha chassable, il restait à peine une cinquantaine de lièvres et une trentaine de perdrix alors qu’avant 1976 leur population comptait environ 500 à 600 oiseaux. De 1983 à ce jour, par tâtonnement nous avons constamment recherché à améliorer la gestion de notre territoire pour sauvegarder notre patrimoine faunistique et permettre une chasse durable pour les générations à venir.

Comment sommes nous arrivé à un tel résultat ?

 

  • En offrant aux agriculteurs volontaires des semences pour qu’ils installent des bandes aménagées pour accroître l’effet lisière et recréer ainsi des zones offrant abris et nourriture à la faune.
  • Ne possédant pas la maîtrise du foncier, nous étions tributaires de la bonne volonté des exploitants dont très peu ont accédé à nos demandes.
  • En régulant les populations de prédateurs tel que les renards, fouines, corneilles noires et pies.
  • Vu la taille du parcellaire et le manque de diversification des couverts (surtout en hiver), la plaine n’assurant plus son rôle nourricier, nous avons commencé le nourrissage hivernal au moyen d’agrainoirs (1 par ~ 7Ha) dispersés sur l’ensemble du territoire. Pour que les oiseaux gardent leur instinct sauvage et leur aptitude à trouver leur nourriture dans la nature, nous les laissons vide une semaine durant avant leur remplissage.
  • Apport d’eau en cas de sécheresse et d’insectes (fumier, …) pour les oisillons près des agrainoirs.
  • En créant au centre du territoire une grande réserve de chasse.
  • Grâce au GIC, en invitant les sociétés voisines à gérer leur territoire de la même façon, ce qu’elles ont fait.

Le résultat ne s’est pas fait attendre :

  • une faune en bonne santé pour affronter l’hiver
  • en période de nidification, réduction du temps de recherche de nourriture pour les poules d’où meilleure réussite des couvées.
  • de plus, les agrainoirs sont des repères pour les oiseaux qui retrouvent plus facilement leur nid dans cet océan uniforme de végétation.
  • les petits oiseaux et le lièvre par grand froid complètent leur alimentation grâce aux graines trouvées au pied des agrainoirs.
  • une gestion des espèces sur une très grande superficie.

En 2000

Structuration du territoire en battue de manière à ne chasser et prélever que 2 fois l’an sur les mêmes parcelles, ce qui assure une grande quiétude à la faune.

En 2004

Premier comptage printanier

Suite aux aléas climatiques et aux méthodes culturales, la reproduction étant très variable, pour établir le plan de tir et ne prélever que le surplus tout en conservant à l’optimum les populations en fonction de la capacité d’accueil du territoire, la nécessité d’avoir un second outil s’est avérée nécessaire « l’estimation des populations à l’ouverture ». La comparaison permet alors de déterminer par espèce la quantité à prélever ou à protéger. Ce travail de surveillance du territoire, comptage, nourrissage, piégeage et régulation des nuisibles nécessite de très nombreuses heures de travail durant toute l’année pour le garde et les actionnaires bénévoles et leur motivation est grande car les résultats obtenus sont à la hauteur de leurs espérances et durables dans le temps.
En 2010, suite à la demande de 2 sociétés voisines, les comptages se sont étendus et permettent de suivre la dynamique des populations dans le Parc naturel des Hauts-Pays.

Déroulement du comptage


M. Decrouez, Président du GIC accueille les participants et insiste sur l’importance de ce comptage pour la gestion des territoires et passe alors la parole à M. Colot responsable de l’organisation de la journée. Celui-ci attribue les tâches de chacun et donne ses directives dont surtout ne compter que les espèces qui sortent de la battue à droite du poste et jusqu’à son voisin. Les deux premières battues se déroulent et à la grande surprise des participants, on obtient des densités de plus de 90 lièvres et 90 perdrix au 100 Ha.
Le biotope est encore exceptionnel, prairies et haies découpent la grande plaine ce qui est particulièrement favorable à ces deux espèces. Après une pause, une battue est réalisée sur un territoire parcouru par de nombreuses routes et voies rapides ou les prairies sont rares. Le diagnostic est sans appel, environ une trentaine de lièvres et de perdrix. Sur 1 Km 800 de route, 24 lièvres ont été écrasés en une année et en plus la société a subi le braconnage car l’accès en est très aisé. Après le break de midi, 2 battues ont encore eu lieu sur un troisième territoire constitué de grande plaine et de peu de prairie et la encore les résultats sont excellents, plus de 80 lièvres au 100 Ha et 60 perdrix.

Résultats

Sur l’ensemble des 3 territoires la progression est spectaculaire par rapport à l’année précédente. Au total, sur 535 Ha, 395 lièvres ont été recensés ainsi que 260 perdrix soit un accroissement de 99 lièvres et 119 perdrix.

Analyse des résultats sur le long terme

1.Moyenne pour les 3 sociétés ( 1200 Ha ).

De 2010 à fin 2013, une succession d’hivers rigoureux et de printemps humides ont provoqué une baisse de population suite à la mortalité hivernale plus importante et surtout au peu de réussite des couvées.

Forte reprise en 2015.

 

De 2010 à 2013, stabilité de la population puis baisse en 2014 pour les mêmes raisons suivie par une forte reprise en 2015.

 

2. Société n°3 Colot B. ( 500 Ha ).



Croissance constante de la perdrix de 2004 à 2010 suivie par une tendance baissière de 2010 à 2014 due aux facteurs suivants :

  • Hivers rigoureux et humides
  • Peu d’abris pour se protéger suite à la neige et à la destruction par le gel du couvert
  • Maladies et prédation plus importante suite au manque de couvert
  • Printemps pluvieux et froid entraînant une très faible reproduction et peu d’insectes pour les oisillons
  • Réduction de l’effet lisière suite à l’accroissement du parcellaire

De 2012 à 2014, fermeture anticipée en vue de sa gestion à long terme.

 

Forte reprise en 2015.

Les populations de lièvres sont influencées par les mêmes facteurs (climat et récolte) que la perdrix, on constate cependant un décalage des maximas de 2 années entre elles. Pour varier son alimentation, vu la taille des parcelles, il doit se déplacer. C’est pourquoi il disparaît à certains moments de l’année de certaines zones, ce qui lors des comptages peut influencer fortement le suivi de sa population.

Constatation : forte reprise cette année

Prélèvements

 

Perdrix


Observations : En 2011, la reproduction étant excellente, le quota à prélever a été relevé. Lorsque la capacité d’accueil du territoire est dépassée, nous prélevons le surplus et fermons si nécessaire préventivement la chasse dans le cas contraire. Statistiquement sur le long terme, les résultats sont excellents et permettent de maintenir l’espèce à l’optimum en fonction de la capacité d’accueil du territoire. La chasse de la perdrix est durable dans le Parc Naturel des Hauts-Pays

Lièvres


Observations : Mêmes observations que pour la perdrix avec cependant un décalage des maxima de population de 2 années. Malgré les aléas, l’évolution à 10 ans de la population est haussière ce qui démontre que le modèle de gestion adopté est performant.

Chasse durable également

Grâce au Groupement d’Intérêt Cynégétique de Mons Hauts-Pays créé en 2004, aux articles de presse et aux conférences de Bernard Colot et à la participation aux comptages de nombreux représentants de Conseil cynégétique « petit gibier » et de l’Administration, cet exemple a été diffusé et exploité par de nombreuses sociétés. Ce modèle de gestion et ses résultats attirent lors des comptages de nombreux gestionnaires de chasse et de jeunes chasseurs au petit gibier de différents horizons de la R.W. ainsi que des naturalistes.  Le rôle éducatif de cette expérience est ainsi diffusé pour le plus grand bien de la nature.

Dans le Haut-Pays montois, les populations de perdrix, de lièvres et de faisans sauvages se sont accrues sur une très grande superficie et ce pour le plus grand plaisir des randonneurs et amoureux de la nature.

Conditions indispensables pour pouvoir maintenir et même développer nos populations faunistiques naturelles sans passer par les lâchers de gibier.

  • La gestion doit impérativement se faire sur une très grande superficie et devrait être coordonnée par les « Conseils cynégétiques » car les espaces de vie de la faune se sont agrandis vu la taille du parcellaire.
    La taille minimum des territoires de chasse ne permettant plus de gérer les espèces, il conviendrait de l’accroître et de l’adapter à l’espace de vie des espèces chassables telles que le lièvre et la perdrix et cela éviterait l’anéantissement des efforts de gestion de certain territoire par hélas, quelque fois, un énergumène dont le seul plaisir est le tir.
  • La capacité d’accueil des territoires varie en fonction de la dimension des parcelles et de l’effet « lisière » car la faune a besoin d’une nourriture variée et d’abris pour se protéger.
    Pour atteindre l’objectif recherché, il conviendrait d’améliorer le biotope ce qui n’est pas facile car nous n’avons pas la maîtrise du foncier et beaucoup d’agriculteurs sont réticents.
    Les SIE auraient pu améliorer la situation ; hélas, en intégrant un % d’engrais vert dans ces surfaces, on exempte les exploitants agricoles de tout effort en faveur de biodiversité.
    Les objectifs recherchés par l’Europe ne pourront être atteints.
    De plus, si l’hiver est rigoureux et précoce, ces moutardes sont détruites et nos plaines ressemblent à de vastes déserts n’offrant ni couvert ni nourriture.
  • Le nourrissage en plaine doit être développé car il est très important.
    Il permet d’avoir des oiseaux bien portants pour affronter l’hiver, ne souffrant pas de faim et, au moment de la nidification, de réduire le temps de recherche de nourriture pour les poules ce qui augmente la probabilité d’avoir de belles couvées.
    Pour de meilleurs résultats, les agrainoirs doivent être nombreux et dispersés sur l’ensemble du territoire.
    En cas de sécheresse, prévoir des points d’eau et en période de nidification apporter à proximité des agrainoirs des insectes via le fumier, …
    Pour que les oiseaux retrouvent rapidement leur nid dans les grandes parcelles, il convient de placer quelques repères visuels.
  • La régulation des prédateurs est capitale et doit être poursuivie toute l’année.
    En grande plaine, les sillons de labour, les bosquets et les limites de parcelles sont des endroits particulièrement fréquentés par les renards.
    Que d’observations de lièvres, de perdrix et de faisans qui ont péri sous leurs dents, surtout les couveuses confiantes en leur mimétisme en période de nidification.
    Et la corneille noire qui est le plus gros prédateur des levrauts et jeunes lièvres!
    Que de fois avons-nous observé une hase défendant son petit en sautant en l’air pour le protéger, certaines s’attaquent même aux jeunes lièvres gîtés en essayant de leur crever les yeux.
    Suite à la surdensité des becs droits à certaines périodes de l’année et au manque de couverts protecteurs, que de dégâts et de nichées de petits oiseaux détruites.
  • Via les comptages printaniers et d’avant ouverture, suivre l’évolution des populations pour établir le plan de tir annuel avec pour objectif d’atteindre la capacité d’accueil du territoire.
    Il faut être prudent et viser le long terme, surtout pour la perdrix, car la reproduction est soumise aux aléas climatiques et aux travaux agricoles.
  • Pour éviter le décantonnement de la faune, il faut lui garantir la quiétude.
    - En créant une réserve de chasse au centre de chaque territoire
    - En structurant son territoire en plusieurs zones
    - En ne chassant que deux fois par an sur chacune d’elles
    - Et en espaçant fortement ces deux sorties
  • Le braconnage étant endémique, surtout aux frontières de la R.W., la surveillance du territoire ne peut-être relâchée.


Si toutes ces conditions sont appliquées, le résultat est à la hauteur des espérances et perdure dans le temps, la chasse devient durable.

Inquiétude pour l’avenir


Les objectifs des chasseurs et des écologistes sont les mêmes, « la sauvegarde de la faune et de la flore locale » à la seule différence que le véritable chasseur gestionnaire prélève le surplus de ce que produit la nature pour réguler les populations tout en maintenant celles-ci à l’optimum en fonction de la capacité d’accueil du territoire.
Actuellement, au vu d’une pétition sur l’interdiction de la chasse de la perdrix lancée par « La Ligue Royale Belge », nous nous demandons si le monde écolo est conscient de ses actes ou si l’essentiel de ses préoccupations est de supprimer la chasse du petit gibier ?
En Wallonie, 0,76% du territoire soit 12.800 Ha sont des réserves gérées par le DNF et les associations écologistes subsidiées par la région.
Le maintien, la protection de l’environnement et l’entretien des biotopes est leur principale activité ainsi que le suivi de la faune locale qui subit la pression des prédateurs non régulés.
Les zones agricoles, soit environ 840.000 Ha, soit 65 fois plus, sont exploitées majoritairement par les agriculteurs et gérées faunistiquement par les chasseurs qui y vont de leurs deniers pour nourrir et améliorer le biotope sans aucun subside pour leurs associations.
A ce jour, je n’ai jamais vu dans ma région des membres d’associations écologistes œuvrer en plaine pour conserver et sauver les espèces, elles se contentent seulement de les observer et de les recenser et de créer çà et là des réserves qui permettent à la population de renards de s’accroître au grand dam des autres espèces.
Ont-elles agit lors du choix des espèces végétales pouvant être utilisées sur les surfaces d’intérêt environnementales ?
Très peu à ma connaissance et ainsi un pourcentage des engrais verts ont été accepté ce qui libère les agriculteurs de tout effort en faveur de la biodiversité.
Est-ce cela œuvrer pour protéger la nature ?

Que se passera-t-il si on réduit le nombre d’espèces chassables, dont surtout la perdrix ?
La démotivation des chasseurs pour cette espèce entraînera ipso facto l’anéantissement de tous les efforts positifs de gestion entrepris pour la conserver et elle disparaîtra inexorablement de nos plaines comme le coq de bruyère dans les Fagnes et la bécassine ailleurs.
Le nourrissage en plaine disparaîtra et de nombreuses espèces d’oiseaux de plaine périront de faim en hiver.
Tout un pan de la biodiversité disparaîtra ainsi.

Lors des hivers rigoureux que nous avons connus, les zones aménagées pour la faune par les chasseurs avec leurs deniers et leurs agrainoirs ont accueilli des milliers de petits oiseaux qui ont ainsi pu survivre.

Qu’ont fait les écologistes pendant ce temps? Rien en plaine.
Si c’est cela l’écologie, je n’y comprends plus rien.

Le résultat final en serait désastreux et à l’encontre des intérêts de la nature.

Bernard  Colot

Membre fondateur et 1er président élu du G.I.C de Mons Hauts-Pays
Administrateur du GIC de Mons Hauts Pays
Membre du CSWC
Président de société de chasse

E-mail : becolot1@hotmail.com

Crédit photographique : Bernard Colot

 

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