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Les pesticides

Date : 30/10/2007

Les pesticides sont des produits chimiques ou substances toxiques utilisés pour détruire les divers organismes végétaux ou animaux nuisibles aux plantes cultivées qui par leurs pullulations peuvent se comporter comme de véritables fléaux ou "pestes".

Ces  pesticides agricoles sont destiné à protéger les cultures contre:

  • Les insectes nuisibles: insecticides;
  • Les acariens phytophages: acaricides;
  • Les maladies cryptogamiques ou fongiques (dues à des champignons): FONGICIDES;
  • Les vers nématodes parasites des plantes: nématicides;
  • Les rongeurs: appâts, rodenticides;
  • Les oiseaux nuisibles, les corvidés (corvicides), les passereaux;
  • Les limaces et autres mollusques: appâts molluscicides;
  • Les mauvaises herbes: herbicides: les phytocides sont des substances variées qui ont une action destructrice de la végétation plus ou moins étendues et plus ou moins spécifique à l'égard des diverses espèces végétales, herbacées ou ligneuses.
  • Le gibier: les produits répulsifs sont destinés à la protection des cultures, pépinières, plantations contre les DEGATS de lapin, lièvres, cervidés.

Les pesticides agricoles sont qualifiés de produits agro- ou phytopharmaceutiques. A côté des pesticides agricoles (produits PHYTOSANITAIRES) existent des pesticides vétérinaires utilisés contre les parasites des animaux domestiques. Les produits chimiques utilisés en agriculture et sylviculture sont  souvent mis en cause dans les cas de mortalité brutale du gibier. Depuis quelques décennies, les produits phytosanitaires connaissent en effet une phase remarquable de développement avec l'apparition de matières actives de plus en plus performantes. La génétique a permis à l'agriculture et à la sylviculture de faire de grands progrès en matière de productivité, mais ces efforts auraient été vains si parallèlement les techniques culturales ou forestières n'avaient pas évolué et surtout si l'industrie phytopharmaceutique n'avait pas mis au point ces nouvelles substances.

Fongicides, insecticides, herbicides, régulateurs de croissance, peuvent cependant devenir des armes redoutables et dangereuses pour le gibier lorsqu'ils ne sont pas utilisés à bon escient car si les prairies, les terres cultivées, les forêts sont des lieux de production, elles constituent également des endroits fréquentés par tous les animaux sauvages.

  • Un pesticide contient une ou plusieurs matières actives (insecticide, herbicides…) et des substances adjuvantes destinées à renforcer leur action ou à faciliter l'emploi sous forme de pulvérisation, de poudrage, d'épandage par granulés ou microgranulés. La matière active est un corps chimique bien défini: sa toxicité a été étudiée à l'égard des animaux qu'il convient de protéger.
  • Un insecticide systématique est un insecticide agricole qui pénètre dans les tissus de la plante, s'y répand et s'y maintient même dans les parties nouvellement formées.

Herbicides, phytocides

Produits phytosanitaires destinés à détruire ou à limiter la croissance de certains végétaux et notamment des mauvaises HERBES.

On distingue: 

  • Les désherbants sélectifs;
  • Les désherbants totaux et les débroussaillants;
  • Les défanants.

On connaît: 

  • Les herbicides minéraux: chlorates;
  • Les herbicides organiques;
    • 1.    les colorants nitrés ou dinitrophénols, ex.: dinosèbe ou DNBP, dinotrbe ou DNTBP, DNOC ou dinotroorthocrésol.
    • 2.    les carbamates et thiocarbamates.
    • 3.    les phytohormones: 2,4 D - 2,4,5 T. Ce sont des composés qui sont absorbés par les feuilles puis véhiculés par la sève. De faible toxicité ils ont une action lente et efficace.
    • 4.    les triazines: cyanazine, atrazine, simazine. L'atrazine est absorbé à la fois par les racines et les feuilles des mauvaises herbes.
    • 5.    les ammonium ou aminosides quaternaires: diquat, paraquat, gramoxone. Ils ont une action rapide. Leur toxicité est parfois élevée. Le paraquat et le diquat agissent sur la respiration et la synthèse chlorophylienne. Les parties ligneuses protégées par une écorce sont insensibles.
    • 6.    les benzonitriles.
    • 7.    les urées substituées: diuron, linuron…; ils sont peu toxiques mais possèdent une rémanence longue.
    • 8.    l'herbicide foliaire Roundup empêche la prolifération de nombreuses espèces de mauvaises herbes, broussailles, taillis; sa matière active est le glyphosate.

Pour beaucoup d'herbicides, le sol conditionne:

  • la persistance d'efficacité du produit;
  • la dose par hectare;
  • la phytotoxicité.

En effet, un produit est plus ou moins soluble dans le sol: il peut être bien fixé ou facilement dégradé: sa présence dans le sol et donc son efficacité sont plus ou moins durables.

Utilisation de quelques phytocides en forêt

Végétation à combattre    Matière active
Graminées



Fougères


Bruyère

Ronces    Atrazine
Glyphosate
Paraquat

Asulam
Glyphosate

2,4 D

Fosamine amonium
Glyphosate

Insecticides

Produits phytosanitaires destines à tuer les insectes, à empêcher l'éclosion des œufs ou le développement normal des larves. Ils sont d'origine végétale ou le résultat d'une chimie organique de synthèse.

On en connaît quatre grandes familles.

  1. Les insecticides organo-chlorés. De par leur structure chimique, on distingue trois catégories principales: le DDT (dichloro-diphényl-trichloro-éthane); le lindane (HCH ou hexa-chlora-cyclo-hexane); les cyclodiènes (aldrine, chlordane, dieldrine, endrine, heptachlore). Ils sont très rémanents et peu biiodégradables. Leur emploi conduit à une accumulation dans les milieux et à l'intérieur des organismes vivants les ayant absorbés. Ils s'accumulent dans les graisses. Ils se concentrent tout au long de la chaîne alimentaire. Ils sont presque tous interdits. D'autres produits d'origine industrielle, les PCB (polychlorobiphényles) causent cependant de vives inquiétudes à cause de leur dispersion actuelle dans la nature et leur toxicité comparable à celle des chlorés.
  2. les insecticides organo-phosphorés: parathion, malathion, azinphos, bromophos sont des insecticides organo-phosphorés. Ces pesticides ont une action toxique remarquables sur le système nerveux.
  3. les carbamates: ils agissent comme les organo-phosphorés. On trouve également dans ce groupe des fongicides et des herbicides. L'aldicarbe connu sous le nom de Temik est un insecticides-nématicide du groupe des carbamates. Il est utilisé en granulés incorporés dans le sol: la matière active est absorbée par les racines et véhiculée par la sève: il a des propriétés dites "systémiques". Il a une toxicité très élevée.
  4. les pyrethrines et pyrethrinoïdes, peu toxiques pour les mammifères.

Les acaricides

Les acariens parasites des végétaux attaquent le feuillage ou s'installent dans les denrées alimentaires entreposées qu'ils consomment et détériorent. Certains insecticides sont efficaces contre les acariens. Il existe cependant de nombreux acaricides spécifiques.

Les fongicides

Produits phytosanitaires destinés à lutter contre les champignons responsables des maladies des plantes. Ils agissent par contact ou après pénétration et migration à l'intérieur de la plante traitée (fongicides systémiques).

La lutte contre les maladies cryptogamiques se fait essentiellement par traitement des semences. Celles-ci sont enrobées avec le produit fongicides.

On connaît:

 

  • les fongicides minéraux: à base de cuivre (sulfate de cuivre, bouillie bordelaise, mercure, soufre, arsenite de sodium);
  • les fongicides organiques: carbamates: le thirame est un fongicide; dérivés du benzène: hexachlorobenzène (HCB);
  • composés chlorés et nitrés: ce groupe est connu sous le nom de "colorants" en raison de leur forte coloration jaune.

On y trouve également des insecticides et herbicides. Les diazines, thiadiazine.

Les molluscicides

    Produits phytosanitaires destinés à combattre les limaces et escargots. Fréquemment conditionnés sous forme de granulés, ces produits exercent une véritable attraction pour  les limaces et les escargots qui à leur contact sécrètent une très grande quantité de mucus, se déshydratent puis meurent.

Le méthiocarbe appartient au groupe des carbamates. Le méthaldéhyde: il s'agit d'alcool solidifié utilisé sous forme de granulés ou d'appâts.

Les rodenticides

    Produits destinés à combattre les rongeurs (rats, souris, campagnols). Ils se présentent sous forme d'appâts à base de chloralose, phosphures, d'anticoagulants.

Les corvicides

    Ce sont des appâts à base d'organophosphorés, de chloralose.

Toxicité d'un produit

    L'efficacité technique, la rentabilité économique, la prévention des accidents passent par une utilisation correcte des produits phytosanitaires.

"    D'intervenir à bon escient;
"    De choisir le produit et la dose adaptée;
"    D'organiser rationnellement la réalisation du traitement.

A efficacité égale, certains produits présentent des niveaux de danger différents:

"    Danger pour l'utilisateur;
"    Danger pour le consommateur (résidus);
"    Danger pour l'environnement.

Les traitements agro-chimiques à la suite de mauvaises applications peuvent être cause d'intoxications, de perturbations dans la reproduction et le comportement des animaux sauvages.

Le risque d'intoxication du grand gibier par les produits phytosanitaires utilisés en agriculture et sylviculture est moins aigu que chez le petit gibier à poils ou à plumes.

La toxicité d'un produit naturel ou fabriqué est mesurée de façon normalisée par expérimentation sur des animaux de laboratoire, le plus souvent le rat ou la souris puis transposée à l'homme, aux animaux compte tenu d'un coefficient de sécurité.

Des différences de toxicité à poids égal peuvent apparaître entre plusieurs espèces d'animaux (mammifères ou oiseaux) voire entre les sexes d'une même espèce.

La mesure de cette toxicité est obligatoire pour qu'un produit soit homologué.

La dose mortelle ou létale d'un produit, par ingestion est rapportée au kilo de poids vif de l'animal. Cette dose mortelle est habituellement définie par la DL 50 ou dose létale 50: c'est la quantité d'une matière active qui, administrée en une seule fois, entraîne 50 % de mortalité dans une population d'une espèce déterminée en milligrammes par kilo de poids vif des animaux. Plus le nombre exprimant la DL 50 est petit, plus le produit (matière active) est toxique.

Un produit qui a une DL 50 basse n'est toutefois pas forcément plus efficace qu'un produit de DL 50 élevée. A efficacité égale, il faut donc choisir les produits à DL 50 élevée.

Indice de toxicité: DL 50 = 0 à 100 mg/kg: substance très dangereuse. Exemple: l'aldicarbe (insecticide), le parathion (insecticide).

DL 50 = 100 à 1.000 mg/kg: substance moyennement dangereuse ou peu dangereuse. Exemple: le 2,4 D (herbicide).

DL 50 = 1.000 à 10.000 mg/kg: substance très peu dangereuse. Exemple: la manèbe (fongicide).

Il est toutefois évident que si deux produits ayant une DL 50 identique sont utilisés l'un à 1.000g/hectare et l'autre à 100g/hectare, le risque sera 10 fois moindre dans le second cas. Cette constatation a conduit à définir des coefficients pratiques de DL 50/m² pour estimer les risques d'un produit sur le gibier.

DL 50 < 1: risque nul
DL 50 = 1 à 2: risque faible
DL 50 = 2 à 3: risque moyen à élevé
DL 50 > 3: risque très élevé.

Quelques valeurs de DL 50 en mg/kg (toxicité par ingestion)

Insecticides    Arsenite de sodium
Parathion ethyl
Azinphos
Toxaphène
aldicarbe    10
3,6
17,5
90
1
Herbicides    Paraquat
DNOC
Dinosebe
dinoterbe    - de 10
10
60
62
Molluscicides    Métaldéhyde
méthiocarbe    600 à 1.000
100

La DL 50 n'est pas connue pour toutes les espèces de gibier; des tests sont cependant régulièrement effectués sur des espèces de gibier à poils ou à plumes pour chaque nouveau pesticides mis sur le marché. Les pesticides sont classés selon leur degré de toxicité, tout comme les produits pharmaceutiques. Le tableau A groupe les substances les plus toxiques: leur emballage porte une bande rouge orangé avec le mot "POISON".

Le tableau B ne comporte pas de pesticides. Il est réservé aux stupéfiants. Le tableau C groupe des substances moins nocives mais reconnues dangereuses, leur emballage porte une bande verte avec la mention "DANGEREUX".

Suivant les directive de la C.E.E. cette classification de matières actives sera remplacée sur les emballages par des symboles pouvant être accompagnés de conseils de prudence vis-à-vis de la faune sauvage.

La commercialisation et l'usage des pesticides sont soumis à une législation rigoureuse: plus de 90 % des produits sur le marché ne présentent qu'un risque faible ou nul pour le gibier. La majorité des traitements agricoles ne présentent donc pas de risques immédiats pour le gibier.

L'Etat contrôle l'efficacité et la toxicité des pesticides admis à la vente en précisant leurs limites et les conditions d'emploi. Divers organismes nationaux et internationaux concernés par le commerce des pesticides ont également établi des listes de substances, jugées trop dangereuses, dont ils demandent aujourd'hui le retrait inconditionnel.

Intoxication

    Elle peut être directe ou indirecte.

L'intoxication directe:

    Résulte du contact direct du toxique avec l'animal, par ingestion, inhalation, ou pénétration par la peau. Les emballages imprégnés de substances nocives abandonnés contrairement aux prescriptions d'utilisation sont aussi fréquemment source de contamination.

"    La toxicité par ingestion s'apprécie par la dose létale 50% (DL 50).
"    La toxicité par inhalation difficilement appréciable est liée à la tension de vapeur du produit.
"    La toxicité par contact n'est pas bien connue: elle s'exprime en quantité de matière active par unité de surface de peau. Les petits animaux sont particulièrement sensibles à ce type de toxicité car:

-    Leur surface corporelle réceptrice est proportionnellement plus importante que leur volume;
-    Lors de leurs déplacements, ils peuvent être complètement entourés par la végétation traitée.

La toxicité par contact peut être aggravée d'une toxicité par ingestion pour les animaux qui ont des habitudes de toilette. Sur tous les bassins versants, une part plus ou moins importante des produits employés peut enfin être entraînée dans le milieu aquatiques et l'affecter gravement: or les animaux aquatiques ont des échanges continuels avec l'eau dont ils tirent leur nourriture et pour les poissons, écrevisses, l'oxygène nécessaire à leur respiration.

Contrairement à ce que l'on pense généralement, les pesticides à effets rapides sont toutefois dans un sens moins dangereux que ceux qui sont moins toxiques mais plus rémanents.

L'intoxication indirecte:

    Peut être la conséquence de l'ingestion par exemple d'un animal intoxiqué.

Ces derniers peuvent avoir encore dans leur tube digestif de l'appât ou du toxique non absorbé. L'intoxication indirecte peut également résulter de l'augmentation de l'appétence d'une plante toxique sous l'effet d'un traitement avec les herbicides tels que les phytohormones (2,4 D - 2,4,5, T). Ces végétaux (colchique, fougère aigle, mercuriale, séneçon de Jacob) peuvent alors être consommés par des herbivores sauvages.

Les intoxications des animaux sauvages reconnaissent pour leur grande majorité une origine accidentelle. Les intoxications par malveillance d'origine criminelle existent mais sont heureusement relativement rares.

Moins de 10 % des produits (V. INTOXICATIONS) actuellement utilisés présentent un risque sérieux pour le gibier. Les conséquences néfastes des pesticides portent sur trois niveaux:

Toxicité aiguë:

    La toxicité aiguë résulte de l'absorption d'une dose de poison relativement importante en une seule fois ou en quelques fois. Les manifestations de la toxicité aiguë varient beaucoup selon la nature chimique des produits.

Elles peuvent se traduire par:

-    Des troubles nerveux: convulsions, tremblements, incoordination motrice;
-    Des troubles digestifs: diarrhée, salivation abondante, vomissement;
-    Des troubles musculaires: paralysie, contraction.

De façon générale, les insecticides sont des toxiques du système nerveux. Les organo-phosphorés, les carbamates provoquent à partir d'une certaine concentration une paralysie rapide et la mort.

Les herbicides présentent une toxicité aiguë nettement plus faible que celle des insecticides. Chez les mammifères, ils peuvent toutefois provoquer la mort, des avortements chez les femelles gestantes.

En ce qui concerne la toxicité orale aiguë des produits et non la toxicité à long terme ou chronique, le risque encouru par le gibier dépend:

-    De la sensibilité individuelle de l'animal;
-    Du produit et de sa toxicité par ingestion exprimée par sa DL 50;
-    De la dose de matière active répandue à l'hectare;
-    Des conditions d'emploi du produit: état de la végétation, climatologie;

La grande dilution effectuée dans les pulvérisations à haut volume est peu génératrice d'accidents; les traitements par voie aérienne sont cependant à risques.

L'épandage des granulés, microgranulés, des poudres non diluées augmentent également les risques. Plus le produit est micronisé plus il est toxique. Un épandage de poudre est plus dangereux qu'une pulvérisation de liquide.

-    De la consommation journalière moyenne de chaque espèce de gibier;
-    De l'âge de l'animal;

Les jeunes par leur faible poids sont plus menacés que les adultes par l'application d'un produit agricole donné. Les espèces comme le lièvre ayant des portées répétées au cours de l'année encourent moins de risques que la perdrix grise chez qui la majeure partie des naissances s'effectue du début juin au 15 juillet. Or de nombreux phytosanitaire sont utilisés à cette époque en agriculture.

Il faut noter que les mammifères se sont, en règle générale, mieux adaptés que les oiseaux aux techniques de l'agriculture moderne et jouissent d'une meilleure protection en milieux boisés et forestiers. La sensibilité des animaux aux différents poisons est plus marquée lors de maladies parasitaires, de mauvaise alimentation. Ainsi lors de trichomonose du pigeon, le foie verra son action détoxicatrice diminuée: la sensibilité de l'animal aux toxiques est augmentée.

Toxicité chronique:

    A côté de la toxicité immédiate des pesticides sur les animaux à sang chaud, il ne faut pas négliger leur effet à retardement surtout lorsqu'il s'agit de substances à forte rémanence. Il est alors à redouter une accumulation de ces produits dans les différents maillons des chaînes alimentaires.

La toxicité chronique à long terme est due à l'accumulation du produit dans l'organisme par l'absorption répétée de petites doses. C'est le cas le plus général d'intoxication de la faune sauvage. Elle est plus difficile à estimer.

S'il ne provoquent pas nécessairement des accidents spectaculaires, les pesticides s'accumulent dans l'organisme et provoquent à la longue un état maladif chronique.

L'intoxication à long terme peut se constituer par deux mécanismes différents:

-    Les doses de produit s'accumulent dans l'organisme (foie, graisse,…) jusqu'à ce que la quantité stockée déclenche des troubles;
-    Chaque dose absorbée a un effet nocif sur un organe bien précis, le perturbe ou le détruit progressivement, augmente la mortalité néonatale.

Le thirame, fongicide de la betterave et du colza provoque de la diarrhée mais aussi un blocage de la ponte. L'absorption permanente de faibles doses de pesticides provoque à long terme de graves lésions du système nerveux avec troubles du comportement, des anomalies de fonctionnement des glandes thyroïdes.

"    Produits à toxicité cumulative

Ces produits sont ceux qui sont susceptibles de s'accumuler dans les tissus des animaux. Il s'agit donc essentiellement des métaux lourds tels que le mercure et des composés organochlorés qui ont tendance à s'accumuler dans les tissus riches en graisses.

Ces produits agissent par accumulation de petites doses, jusqu'à ce qu'une concentration critique soit atteinte et entraîne la mort; comme ils ont tendance à se stocker dans les graisses, l'amaigrissement de l'animal entraîne leur libération dans l'organisme.

"    Effets sur la reproduction

Les effets au niveau de la reproduction peuvent se produire de deux façons. D'une part les produits peuvent provoquer des troubles physiologiques chez les reproducteurs: l'amincissement des coquilles d'œufs chez les oiseaux, rapaces notamment. Chez la perdrix il y a diminution de la fécondité, de la ponte, du taux d'éclosion.

Le passage des produits toxiques dans les œufs ou dans les fœtus à travers le placenta peut entraîner des effets toxiques directs chez les jeunes animaux: mortalité de l'embryon dans l'œuf ou avortement, apparition d'anomalies: un certain nombre de pesticides sont capables d'induire des mutations génétiques: ils peuvent être tératogènes.

La plupart des pesticides agissent sur la fécondité des organismes contaminés: stérilisation partielle ou totale, réduction du nombre d'œufs pondus; ces altérations de la fécondité sont décrites chez les oiseaux mais aussi chez les mammifères.

Les pesticides affaiblissent les défenses de l'organisme, ce qui explique, notamment chez les animaux atteints, le développement plus aisé d'infections secondaires.

"    Lésions d'organes:

Le foie et les reins jouent un rôle essentiel dans la dégradation et l'excrétion des substances toxiques. Dans les intoxications à long terme, ils jouent le rôle de barrière s'opposant à la pénétration des substances nocives. Des lésions y apparaissent forcément.

Certaines intoxications à long terme entraînent également des lésions pulmonaires irréversibles.

Répercussions sur le biotope et les sources de nourriture

    On connaît bien l'importance des insectes dans l'alimentation des jeunes oiseaux et des plantes adventices (mauvaises herbes) dans le régime en général.

Un emploi large des pesticides réduit largement ces sources de nourriture par rapport à un biotope témoin non traité. Pour trouver la même quantité de nourriture, le jeune animal doit parcourir trois ou quatre fois plus de distance. A ce sujet, il faut remarquer que le jeune faisan est peut être un peu moins touché que le jeune perdreau car il continue généralement en milieu forestier d'avoir à sa disposition autant d'insectes et en particulier de fourmis qu'il le souhaite. En milieu agricole on constate la raréfaction ou la quasi-disparition des insectes suite au traitement systématique du sol par les insecticides. Les pesticides sont des facteurs de gène. Il faut donc inciter les utilisateurs à les employer rationnellement pour limiter leurs inconvénients.

Quelques produits dangereux parmi les herbicides

Les ammonium ou aminosides quaternaires:

Le lièvre, le lapin sont très sensibles au paraquat lorsqu'il est en solution dans l'eau. Pour le lièvre la DL 50 par ingestion est de 5 mg/kg, la DL 50 au m² est de 1.

Les gallinacés y sont moins sensibles: la DL 50 par ingestion est pour la perdrix grise de 46 mg/kg et pour la perdrix rouge de 47 mg/kg.

Le toxique peut être ingéré, il peut également pénétrer par voie transcutanée. Les animaux s'intoxiquent en étant présents ou en passant dans la culture pendant ou immédiatement après le traitement.

Le paraquat entraîne des lésions buccales avec des ulcères, de la nécrose de la langue. Il y a de la diarrhée, de la faiblesse musculaire ou parfois une excitation anormale suivie de la mort. Les lésions buccales entraînent de toute manière une diminution de la prise de nourriture. L'effet toxique de ce produit au niveau des poumons rend les lièvres moins résistants à des agressions parasitaires, bactériennes ou virales. Le paraquat est tératogène; il induit des anomalies des organes génitaux.

-    Les colorants nitrés; le dinitroorthocrésol (DNOC), le dinosebe, le dinoterbe: le lièvre et le lapin sont très sensibles à ces herbicides. L'intoxication est réalisée par ingestion ou pénétration du produit par voie transcutanée. La DL 50 par ingestion pour le lapin est de 45 mg/kg, pour la perdrix grise de 20 à 35 mg/kg et pour la perdrix rouge de 15 à 25 mg/kg. Les animaux s'intoxiquent en étant présent, ou en passant dans la culture pendant ou immédiatement après le traitement. Les poils, la peau du ventre, les pattes et la tête sont colorés en jaune. Les animaux ne mangent plus, respirent rapidement, s'affaiblissent, se déshydratent, entrent en coma et meurent.
-    Les chlorates: l'intoxication se traduit par une démarche ébrieuse, de la diarrhée, l'émission de sang foncé par les orifices naturels et la mort. A l'autopsie, la coloration brune du sang et des tissus est caractéristique.
-    Les phytohormones, triazines, urées substituées: les symptômes d'intoxication sont peu caractéristiques: vomissements, diarrhée, amaigrissement, toux ataxie, paralysie. Foie, rein, tube digestif sont congestionnés.

Les phytohormones peuvent présenter des effets tératogènes notamment sur le gibier à plume: nanisme, paralysie, soudure de vertèbres, anomalies des organes génitaux.

Parmi les insecticides:

    Les organochlorés ont été responsables des premières grandes mortalités en série dans le petit gibier.

L'époxyde d'heptachlore (moins toxique pour la perdrix rouge que pour la grise), le dieldrine, le HCH, le DDT sont désormais interdits. Le lindane est toujours tolérés.

Si le DDT est interdit, les problèmes de pollution n'ont pas disparu pour autant car il faudra encore des années avant que la décontamination de l'environnement soit totale.

L'intoxication par les organochlorés provoque de l'hypersalivation, de l'incoordination motrice avec des convulsions intermittentes ou continues puis la mort. Par contraste, certains animaux peuvent montrer de la dépression, avec paralysie musculaire. Les lésions à l'autopsie ne sont nullement spécifiques: hémorragies intestinales, œdème pulmonaire.

En toxicité aiguë, le DL 50 par ingestion du lindane chez le pigeon est de 600 mg/kg. Compte tenu de la dose de l'utilisation du lindane dans le traitement des céréales, un pigeon peut absorber par jour 40 mg du toxique, c'est-à-dire une dose faible ne pouvant en aucun cas déterminer une intoxication aiguë: l'ingestion répétée du produit peut cependant provoquer des effets néfastes.

Aldrine et chlordane sont parmi les composés les plus toxiques pour les oiseaux. Une perdrix doit, pour mourir, manger 5 à 9 g de blé traité à l'aldrine.

Le dieldrine est absorbé très rapidement par voie cutanée, même sous forme de poudre. Utilisé comme enrobant pour les semences, il est cause de mortalité chez les oiseaux.

L'endrine  a une DL 50 qui se situe par ingestion entre 2 et 4 mg/kg de poids vif. Il est très toxique pour les oiseaux.

Certains organochlorés sont tératogènes. Les organophosphorés sont très toxiques: leur DL 50 est inférieur à 20 mg/kg. Ils remplacent actuellement en majeure partie les organochlorés. Ils sont l'avantage d'être plus rapidement métabolisés par l'organisme animal qui les absorbe, ce qui permet d'éviter l'accumulation de résidus. Ils constituent aujourd'hui le groupe d'insecticides le plus important en agriculture.

L'intoxication aiguë provoque des altérations de transmission de l'influx nerveux avec hyper-salivation, troubles digestifs (vomissements, diarrhée). Elle provoque des contractions musculaires, tremblements, paralysies, des difficultés respiratoires, circulatoires. La mort survient en général par asphyxie. Les lésions à l'autopsie sont peu caractéristiques: hémorragies sous-cutanées, entérite, œdème pulmonaire, dégénérescence du foie, des reins. Les organophosphorés sont les toxiques les plus fréquemment rencontrés chez les pigeons.

Le parathion est insecticide très toxique agissant par contact, par ingestion et par inhalation. Il est généralement utilisé contre les acariens, pucerons, cochenilles, … Il porte atteinte au système nerveux d'une façon foudroyante, surtout chez les animaux supérieurs.

DL (dose létale) 50:        

-    pigeon: 2,25 mg par kg de poids vif;
-    faisan: 12,4 mg par kg de poids vif;
-    perdrix: 16 mg par kg de poids vif.

L'aldicarbe (non commercial: Temik 10 G: c'est une insecticide très toxique utilisé en culture florale et en culture betteravière. Ce produit est présenté sous forme de micro-granulés à enfouir mécaniquement dans le sol au moment du semis des betteraves. Il est destiné à combattre les nématodes, les pucerons. Une seule application localisée est susceptible de remplacer plusieurs traitements insecticides par pulvérisation classique.

Les mortalités provoquées dans le gibier sont souvent dues à une mauvaise application du produit: notamment à un enfouissement insuffisant en bout de ligne de semis d'où ingestion accidentelle par les oiseaux. Les oiseaux, le faisan en particulier, sont très sensibles à l'aldicarbe.

DL 50 par ingestion:

-    canard: 4 mg/kg;
-    perdrix grise: 4,5 mg/kg;
-    perdrix rouge: 6,7 mg/kg

Les symptômes d'intoxication comportent de la salivation, de la diarrhée, des difficultés respiratoires, des tremblements contractures, de la paralysie, de la prostration ou de l'excitation, la mort.

Tous les insecticides sont présumés dangereux pour les abeilles et sont interdits sur les cultures de céréales pendant la période de production du miellat. Seuls sont utilisables les produits spécialement autorisés, et non dangereux pour les abeilles.

Parmi les fongicides:

    L'arsénite de sodium, fongicide, insecticide et herbicide utilisé dans le traitement des vignes. Sa DL 50 pour les petits rongeurs est de 10 à 50 mg/kg: les fongicides sont en général peu toxiques.

Parmi les molluscicides:

    Le méthiocarbe ou mercaptodiméthure ("Mesurol" Bayer) est doté en pulvérisations de propriétés insecticides et acaricides. Il est utilisé en appât comme molluscicide contre les limaces et escargots. Les appâts granulés sont à 1 ou 4 % et peuvent accidentellement être consommés par le gibier. Les lièvres, lapins y sont très sensibles. La DL 50 par ingestion pour les oiseaux est de 5 à 15 mg/kg/ Les animaux salivent énormément, présentent de la diarrhée, des difficultés respiratoires, du larmoiement, des tremblements, de l'ataxie et meurent.

La métaldéhyde se présente sous forme d'appâts granulés qui peuvent accidentellement être ingérés par le gibier. Lièvre et lapin y sont très sensibles: la DL 50 par ingestion pour le lapin est de 1,2 g/kg. Les animaux salivent énormément, deviennent inquiets, agressifs. Rapidement ils présentent de l'inconscience, des crises convulsives. Ils deviennent indifférents aux stimuli extérieurs puis meurent par asphyxie.

Parmi les rodenticides:

    Anticoagulants: ils sont présents sous forme d'appâts (céréales, carottes), de poudres. L'intoxication est soit directe par ingestion accidentelle ou criminelle d'appâts, soit indirecte par ingestion de rongeurs eux-mêmes déjà intoxiqués. Les rongeurs y sont très sensibles.

Lièvres, lapins, oiseaux et surtout rapaces, sangliers, carnivores, sont les espèces gibier les plus touchées. L'animal intoxiqué présente des hémorragies sous-cutanées, musculaires, respiratoires, intestinales, au niveau du péritoine, de la plèvre. On trouve du sang dans les matières fécales. Les troubles apparaissent deux à cinq jours après l'ingestion: l'animal est profondément abattu. A l'autopsie, le sang est incoagulable.

    Chloralose (glucochloral): substance rodenticide et corvicide présentée sous forme d'appâts céréalés. Les oiseaux y sont très sensibles. La DL 50 par ingestion est de 42 mg/kg pour le canard, de 170 mg/kg pour le pigeon, de 30 à 40 mg/kg pour la perdrix, le faisan. L'oiseau intoxiqué est affaibli: il somnole avec une respiration faible, des convulsions puis il meurt.

    Phosphures métalliques (de zinc, d'aluminium): l'intoxication est fréquente chez les carnivores, le lièvre, le lapin. Elle se traduit par des difficultés respiratoires, de l'étouffement dû à un œdème pulmonaire. L'animal présente des difficultés locomotrices, parfois des convulsions, des vomissements. A l'autopsie on constate de la gastro-entérite, de l'hépatite, de la néphrite.

Parmi les corvicides:

    La strychnine: son usage est interdit. L'intoxication accidentelle criminelle se réalise par l'ingestion d'appâts divers contenant la strychnine (la viande notamment. Les rapaces, les carnivores y sont très sensibles. La DL 50 par ingestion est inférieure à 1 mg/kg. Les animaux intoxiqués sont inquiets, ils présentent des contractions musculaires violentes, et meurent par asphyxie au cours d'une crise convulsive. La rigidité cadavérique est précoce.

Diagnostic de l'intoxication par les pesticides sur le gibier mort:

    Il est évidemment impossible pour un laboratoire de rechercher dans un cadavre toutes les matières actives pesticides. Pour l'aider dans son travail de recherche, il est nécessaire de l'orienter et de fournir avec le cadavre des renseignements précis:

-    sur la nature des traitements phytosanitaires éventuels effectués à proximité du lieu de découverte du gibier mort;
-    sur l'époque où la mortalité a été observée;
-    sur la nature des cultures à proximité desquelles le cadavre a été trouvé.

Interprétation

    L'interprétation toxicologique des résultats des analyses des animaux sauvages est difficile. Il s'agit d'établir une relation entre les quantités de produit trouvés dans l'animal et les effets toxiques. Dans bien des cas on ne pourra parler que de présomption d'intoxication.

Lorsqu'il s'agit d'une substance à toxicité élevée, la seule présence de traces de produit autorise à conclure à une intoxication mortelle très probable. Lorsqu'il s'agit d'un produit qui agit lentement comme le paraquat, la mort peut se produire alors que la majeure partie du toxique est éliminée.

L'interprétation des cas négatifs est également complexe car:

-    certaines substances sont difficilement détectables:;
-    certains produits sont rapidement dégradés, juste avant ou après la mort et peuvent échapper à la recherche.

Nature du prélèvement à adresser au laboratoire:

    Contenu stomacal ou ruminal; la recherche du paraquat, du dinosèbe, dinoterbe nécessite des prélèvements très frais et une mise en congélation rapide car la dégradation de ces produits est rapide;

-    sang;
-    urine;
-    foie;
-    reins;
-    encéphale.

Recommandations et précautions à prendre lors de l'emploi de pesticides:

    Pour la plupart des substances utilisées, il n'y a aucun risque pourvu que l'utilisateur fasse un usage raisonné des produits qu'il disperse et surtout qu'il respecte les doses prescrites, les époques et modes de traitement. L'effet d'un produit peut varier considérablement selon la dose, la façon  dont il est utilisé et l'époque de l'application. Il faut:

-    se conformer à la dose recommandée et ne traiter qu'à bon escient en choisissant le produit le moins toxique;
-    vider complètement les emballages: l'eau de rinçage des récipients employés lors de la préparation des bouillies ne doit en aucun cas être versée à proximité des points d'eau ou dans les fossés;
-    ne pas laisser traîner  les emballages;
-    utiliser un matériel de pulvérisation, d'épandage bien réglé, répartir uniformément le produit et éviter localement les surdosages;
-    éviter de traiter par fortes chaleurs. Les températures élevées favorisent le passage de nombreux produits à l'état gazeux, freinent leur pénétration dans les feuilles et augmentent leur agressivité;
-    éviter de traiter par vent violent; il faut limiter toute pulvérisation à la surface du champ à traiter. On conseille de renoncer à tout traitement par avion, hélicoptère, ULM, lorsque la vitesse du vent est supérieure à 20 à 25 km/h;
-    en règle générale les traitements précoces sont les plus efficaces et moins nocifs pour le gibier. On s'abstiendra si possible de tout traitement durant la période de reproduction des oiseaux.

Si des obligations existent pour les distributeurs de produits phytosanitaires, il en existe également pour les utilisateurs. Ceux-ci sont responsables dans le cas d'entraînement du produit hors des parcelles traitées, notamment lors de traitement aériens, en cas de non-destruction des emballages.

Résistance aux pesticides:

Pour bon nombre de pesticides, peuvent se développer à la longue des phénomènes d'accoutumance, de RESISTANCE. Certains individus tolèrent alors des doses toxiques normalement létales (mortelles) pour l'espèce. Une population qui survit aux applications d'un pesticide est alors constituée d'une proportion toujours croissance d'individus capables de résister au produit et même plus, de transmettre cette caractéristique à leur descendance. Cette résistance aux pesticides constitue un obstacle important à la lutte contre les parasites en agriculture, à l'éradication de nombreux vecteurs de maladies.

D'autres moyens que les pesticides pour combattre les ennemis des cultures:

La lutte intégrée (l'agrobiologie) a pour but de réduire l'usage des pesticides par la mise en œuvre d'autres moyens biologiques et culturaux. La lutte biologique utilise des organismes vivants tels que certains insectes prédateurs, des parasites, des bactéries, champignons, protozoaires (biopesticides), qui peuvent contaminer et réduire le développement des ennemis des cultures.

Le lâchage massif d'insectes mâles stériles peut faire rapidement diminuer des populations d'insectes ravageurs: les femelles "leurrées" ne pondent en effet plus que des œufs clairs.

On peut également penser:

  • au remplacement de populations d'insectes ravageurs par des populations "cousines" mais inoffensives;
  • à la vaccination des plantes;
  • à la sélection de souches, cultivars résistantes.


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